C’est la Saint-Jean-Baptiste

24 juin 2010

Pendant longtemps, j’ai été militante souverainiste. J’ai cru à la capacité qu’avait le Québec de devenir un pays indépendant, disposant de son armée, de sa monnaie, de son code civil et criminel, de son président et représentant auprès des Nations Unis. Mais puisque collectivement les Québécois n’ont pas voulu de cette voie, et par deux fois (1980 et 1995), et cela peu importe s’il y a eu trichage et transgression des lois par le Non en 1995, dans ma tête la question fut réglée, et définitivement par-dessus le marché.

15 ans plus tard, soit aujourd’hui, je constate à quel point le Québec est dans le rouge: une dette imposante malgré la péréquation dont nous dépendons depuis trop longtemps. Je constate encore plus tristement que le déclin de notre économie date d’aussi loin que la Révolution tranquille, qui financièrement parlant a sonné le début de la fin pour l’autonomie financière du Québec. Incidemment, trop de Québécois semblent contents que notre province reçoive de la péréquation depuis trop longtemps à mon goût. Que serions-nous sans ce "chèque de B.S." qui nous vient de l’Alberta, de la Saskatchewan et même de Terre-Neuve pour ne nommer que ceux-là?? Moi, en tout cas, je ne suis pas fière…

En y pensant bien, n’étions-nous pas si mal en point que ça à l’époque soi-disant de la Grande Noirceur, époque à laquelle les communautés religieuses s’occupaient bénévolement de l’éducation et des soins hospitaliers, y compris des résidences pour aînés? À l’époque, les valeurs chrétiennes étaient encore plus fortes qu’aujourd’hui, c’est-à-dire entraide, justice, charité, partage et bon voisinage, le tout centré sur l’Évangile, un message de paix, de consolation et d’espérance. Pouvions-nous nous plaindre alors que le Québec n’était pas endetté? Aujourd’hui, avec nos institutions purgées de tout ce qui s’appelle Jésus-Christ, et la dette du Québec qui ne cesse de grimper à un rythme infernal que je n’arrive pas à suivre, sommes-nous si bien que ça? Je me pose ouvertement la question.

Même si je ne suis pas d’accord avec beaucoup de dogmes et de doctrines catholiques, aujourd’hui je constate que collectivement nous étions une société beaucoup plus fière, beaucoup plus heureuse et surtout beaucoup plus stable du temps où le clergé était plus nombreux et plus actif, donc plus engagé. Cette fête de la Saint-Jean-Baptiste est d’abord et avant tout chrétienne, et je ne peux que souligner les racines chrétiennes de notre société canadienne-française qui a choisi ce jour comme "fête nationale".

Cela dit, je déplore le détournement de cette fête chrétienne au profit de la minorité souverainiste militante qui s’en est appropriée impunément, alors que la grande majorité des gens de mon âge et des plus jeunes ne veulent même plus que la province devienne pays indépendant. Je dirais même que nous sommes en grand nombre à être d’accord à l’effet que 1) nous n’avons pas les moyens de cette option politique, 2) la tendance est surtout inverse, soit vers l’union (on n’a qu’à penser à l’Union européenne malgré ses ratés économiques) et 3) le programme n’a pas changé et les plus militants sont les mêmes qu’il y a 40 ans, et sont hélas perçus comme des "has been", ce qui ne fait pas sérieux dans toute la game. Et que dire des querelles internes qui sont étalées publiquement entre les dirigeants actuels du Parti Québécois et ses anciens chefs, soit les belles-mères Parizeau, Landry et Bouchard? En tout cas pour moi, ça ne donne plus le goût de militer pour la souveraineté.

Depuis 15 ans, j’ai appris à apprécier le Canada pour ses deux grandes nations fondatrices, pour sa constitution et pour sa situation politique et sociale plutôt confortables. J’ai appris à apprécier les différences entre francos et anglos. J’ai appris à apprécier notre constitution, notre défense et nos lois, en qualité de pays souverain. J’ai appris à être fière de m’afficher comme Canadienne d’abord. Et j’espère qu’on va finir par arrêter de me casser les pieds avec la fichue souveraineté, je n’en veux plus!

Cela dit, non pas par rancune ni par envie de me quereller avec mes concitoyens qui ne sont pas d’accord avec moi, j’ai choisi de ne pas aller au spectacle d’hier sur les plaines d’Abraham, car si j’ai bien lu le journal j’ai cru voir qu’au programme il y avait un discours patriotique. Ce fut le dernier clou au cercueil qui m’a convaincue de rester chez moi.

Je vous souhaite, malgré tout, une excellente Saint-Jean-Baptiste, peu importe qui vous êtes et quelles sont vos allégeances politiques, que vous soyez chrétiens ou pas, et aussi de bien profiter de ce jour férié pour vous reposer.

Signé une Canadienne française fière de ses racines chrétiennes.

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