Pourquoi je ne peux porter le carré rouge

14 juin 2012

Je m’adresse à vous, étudiants qui avez choisi de boycotter vos cours pour exprimer publiquement votre opposition à une mesure incluse dans le budget 2011 du ministre des finances du Québec Raymond Bachand, c’est-à-dire la hausse des droits de scolarité universitaires de 75% sur 5 ans, mesure adoptée conjointement avec d’autres hausses.

Je m’adresse à vous, artistes, députés péquistes, centrales syndicales et autres sympathisants.

Voilà plus de 4 mois que dure ce conflit, depuis tout ce temps je demande la présentation d’arguments valables, équilibrés, bien documentés pour me dire pourquoi je devrais me joindre à votre combat. Mais en plus de 4 mois, tout ce qu’on m’a répondu c’est la même chose qu’aux chroniqueurs, champions de formule Un et hommes d’affaires qui sont pour la hausse, soit «Ta gueule» et des insultes, et autres attaques personnelles. Je n’ai donc rien reçu de valable de votre part, ou sinon de la part d’anarchistes qui sont de votre camp.

Il a fallu les explications détaillées d’une amie, une propriétaire terrienne qui doit travailler encore malgré le fait qu’elle soit presque à l’âge de la retraite, une dame qui n’est pas syndiquée à son lieu de travail et qui n’a qu’un diplôme d’études collégiales. Elle m’a dit que vous aviez raison de vous lever parce que nos concitoyens ont accepté sans rien dire les hausses de la TVQ, du permis de conduire, des tarifs d’électricité (alors qu’on exporte notre énergie à faible coût aux États-Unis) et d’autres tarifs, et qu’il fallait les dénoncer. Elle a, Dieu merci, remis la hausse des droits de scolarité en perspective: ces hausses, ainsi que les autres, sont dans le seul but d’entretenir le monstre qu’est devenu l’appareil gouvernemental du Québec à cause de la corruption, des enveloppes brunes, du copinage, bref, de la pourriture qui a atteint son paroxysme depuis l’élection des libéraux de Jean Charest, lequel avait pourtant promis de faire le ménage. Or, c’est tout le contraire qui vient de se produire.

Pourquoi ne m’avez-vous pas expliqué tout cela? Du coup, tout est clair. Il aurait fallu que je me lève et que je descende dans la rue. Étant jeune mère, suffisait alors que je me trouve une gardienne. Mais non, je ne peux pas vous appuyer. Dans les circonstances actuelles, il m’est tout simplement IMPOSSIBLE d’arborer le carré rouge et de faire retentir ma casserole. Je ne puis le faire, j’en suis incapable, voire allergique. Par la présente, je vous explique pourquoi, et j’espère que mes explications sauront vous faire réaliser l’ampleur du problème:

1) Vous avez commis l’erreur du siècle en demandant le soutien (financier et autres) des grandes centrales syndicales. Je dirais même l’horreur du siècle! Les centrales syndicales ont d’autres raisons que les vôtres de vous aider. Il y a la commission Charbonneau, la loi sur le placement syndical, sans parler de la relation incestueuse qu’ont les centrales avec le pouvoir, et même avec le Parti Québécois. Ils ne sont pas neutres, ils ne le font pas de façon désintéressée, je dirais même qu’ils ne veulent même pas vous défendre, ils veulent défendre les acquis de LEURS membres. Ces acquis, les aurons-nous lorsque NOUS prendront notre retraite? Tant que le ménage n’est pas fait, rien n’est moins sûr. Ce qu’ils veulent, c’est de faire passer la commission Charbonneau inaperçue, et ils y ont habilement réussi grâce à vous! À mon avis, vous auriez dû solliciter des dons ailleurs que dans les cotisations des employés syndiqués.

2) Vos représentants — sauf peut-être Léo Bureau Blouin, qui a tiré sa révérence — ne sont pas dignes de ma confiance. Ils ne connaissent pas la fiscalité, ils ne savent pas ce que c’est que de travailler à temps plein et de se faire enlever beaucoup trop de notre argent à la source en impôts et autres cotisations, et ils ne savent rien de la macroéconomie. Les solutions soi-disant à coût nul qu’ils ont proposées sont inacceptables. Toucher au crédit d’impôt pour frais de scolarité? Les universitaires ne sont pas les seuls à en avoir besoin, pensez à ceux qui font un DEP, un DEC technique ou une AEC, particulièrement s’il s’agit pour eux d’un retour aux études ils ne peuvent se permettre de le perdre, et cela dans la mesure où ils en savent l’existance et le demandent dans leur déclaration de revenus. Encore faut-il qu’ils le sachent, car ils sont trop peu à le demander. En matière de «coût nul», j’ai connu mieux. Et que dire du Régime enregistré d’épargne étude? C’est la seule façon qu’a la classe moyenne de mettre de l’argent de côté pour envoyer ses enfants au cégep et à l’université. Couper l’incitatif gouvernemental (j’ignore combien de sous pour chaque dollar épargné, mais des sous quand même!) pénalise ceux que vous dites défendre, soit les générations futures! Trouvez autre chose, SVP! Sinon, la population continuera de croire que ce sont des façons détournées de refiler la facture de votre refus de payer votre juste part aux contribuables québécois déjà surtaxés. Outre votre manque de connaissances essentielles pour trouver une vraie solution à coût nul, pourquoi acceptez-vous de vous faire représenter par Gabriel Nadeau Dubois, un communiste de la pire espèce qui a été traîné devant la Régie du logement pour loyer impayé? Trouvez-vous d’autres représentants.

3) Vous tolérez trop la violence. Vous avez perdu le contrôle de vos troupes. Depuis trop longtemps des gens arborant le carré rouge traînent des boules de billard, roches et autres projectiles dans leur sac à dos, il y a eu des blocages de pont et de routes, il y a eu une émeute à Victoriaville, un événement favorisant le recrutement d’employés pour travailler dans le Nord du Québec a été perturbé, des sites Web ont été piratés, les coordonnées personnelles des gens qui ont acheté leur billet pour le Grand Prix F1 et non des organisateurs ont été publiées, des véhicules ont été vandalisés, des vitrines de commerce ont été fracassées dans le centre-ville de Montréal, sans parler des enveloppes contenant de la poudre, des bombes fumigènes dans le métro ou encore des bureaux de députés et de ministres saccagés. La ministre Saint-Pierre a raison de dire que le carré rouge a malheureusement été abusé par trop de gens violents. Pourquoi n’avez-vous pas indiqué dès le début que vous ne tolèreriez aucune violence pouvant entacher votre réputation? Trop tard.

4) Comment expliquez-vous le taux de participation famélique aux élections partielles dans Argenteuil et Lafontaine? C’était l’occasion ou jamais de mobiliser les étudiants qui demeurent dans ces circonscriptions provinciales et de les inciter à voter. Vous avez raté une occasion en or d’utiliser un moyen vraiment démocratique. Mais non, à la place, vous tolérez les discours anarchistes. Or, l’anarchie n’est pas la solution à la problématique politique actuelle, que vous avez pourtant raison de dénoncer. Et pis encore, les deux mascottes «officielles» s’appellent Bananarchiste et Anarchopanda!!!

5) Je constate un manque de respect flagrant envers les 70% d’étudiants qui ne se sont pas joints à votre cause, et surtout envers les journalistes, artistes (forcés de garder l’anonymat) et autres gens connus qui ont des bonnes raisons de ne pas vous appuyer. Pas étonnant que certains aient demandé une injonction à la Cour supérieure, faute d’appui de leur institution ou de leurs professeurs.

6) Votre silence devant la censure est épouvantable. La liberté d’expression, garantie par nos chartes de droits et libertés, est carrément bafouée. Dès qu’un carré rouge s’exprime, bravo! Mais dès que quelqu’un qui est contre vous s’exprime, on l’intimide, on l’insulte, et maintenant on le menace de mort. Il y a eu Richard Martineau, sa femme Sophie Durocher, Gilbert Rozon et Jacques Villeneuve. Qui sera le suivant? Pouvez-vous tolérer qu’on les menace de mort et qu’il y ait matière à plainte à la police? La liberté d’expression est désormais à sens unique, c’est inacceptable. Des concitoyens sont victimes de menaces de mort, c’est inacceptable. Faites quelque chose!

7) Vous croyez qu’Amir Khadir et sa famille sont de bonnes personnes pour transmettre votre message? Pas moi.

8) La CLASSÉ compte trop de communistes et trop d’extrémistes gauchistes à mon goût. Il y a un ménage à faire, et maintenant!

9) Pauline Marois et le Parti québécois, qui étaient pour la hausse des droits de scolarité en 2007, font preuve d’un opportunisme politique de bas étage en vous défendant publiquement, en dépit de la violence. Je ne peux accepter pareille attitude de la part de gens élus pour nous représenter.

C’est pourquoi je ne vous appuierai QUE:

1) Lorsque les syndicats se retireront du conflit et cesseront de vous subventionner.

2) Lorsque le Parti québécois et Québec Solidaire se retireront du conflit.

3) Lorsque la police fera sa job et arrêtera les manifestations illégales au centre-ville de Montréal.

4) Lorsque vous, qui voulez demeurer pacifiques, prendrez enfin la peine d’avertir les policiers de votre itinéraire et ne tolèrerez plus aucun acte illégal ou criminel.

5)  Lorsque vous, ainsi que les leaders syndicaux et députés de l’Opposition officielle prendrez le micro pour interdire désormais la violence et la désobéissance civile, afin de retrouver la crédibilité qui vous manque désormais.

6) Lorsque Anarchopanda et Bananarchiste ne se montreront plus.

7) Lorsqu’au lieu de promouvoir l’anarchie vous inciterez les gens à aller aux urnes.

8) Lorsque les étudiants en médecine, ingénierie, droit, soins infirmiers, techniques policières, techniques de génie, ergothérapie, physiothérapie, pharmacie, chimie, architecture, biologie, microbiologie, géologie, physique, administration des affaires et administration publique se joindront à votre combat.

9) Mais surtout, lorsque cesseront l’intimidation, les menaces, les courriels et tweets haineux et toute action directe contre ceux qui ne sont pas de votre avis, et contre les étudiants qui se dissocient de vous et qui veulent suivre leurs cours.

Là seulement, je me ferai une joie d’épingler à ma boutonnière ce fameux carré rouge et de me joindre à votre concert de casseroles.

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