Les pics «anti-itinérants» au centre-ville de Montréal

11 juin 2014

Je désire remercier Denis Coderre, maire de Montréal, ainsi que tous ceux qui ont dénoncé l’installation récente de deux rangées de «pics» destinés à éloigner les itinérants et les flâneurs de l’immeuble abritant le magasin Archambault de Montréal, afin d’en obtenir le retrait. Un tel dispositif constitue un moyen indécent et cruel de dissuader les itinérants, toxicomanes ou autres flâneurs de se tenir près des vitrines et façades d’immeubles. Indécent, mais également inutile parce qu’il ne fait que déplacer le problème, et surtout dangereux compte tenu des risques de blessures graves que pourraient s’infliger ceux qui tomberaient accidentellement dessus – sans parler des poursuites judiciaires intentées par ces derniers.

Je comprends parfaitement que les propriétaires d’immeubles commerciaux soient exaspérés devant tant d’itinérance à proximité de leur gagne-pain, mais ce n’est pas à eux de régler cette problématique qui à mon avis n’est que la terrible conséquence de l’échec de la désinstitutionnalisation et des autres mesures visant à prévenir l’abus d’alcool et de drogues. Ce n’est pas en prenant de telles mesures dissuasives qu’on parviendra à freiner la hausse de l’itinérance, on ne fera que chasser les sans-abri, qui iront simplement ailleurs.

À la place, n’aurait-il pas été mieux que les propriétaires de l’immeuble donnent le montant requis directement aux organismes dédiés à l’itinérance et à la prévention de la toxicomanie?

Hélas, je crains que nous ayons devant nous ce qu’a donné d’avoir vécu pendant trop longtemps au-dessus de nos moyens, de sorte que les bonnes ressources (loyers abordables, aide aux toxicomanes, intervenants qualifiés en santé mentale) sont en train de nous échapper. Et comme résultat, qui s’occupe des itinérants, toxicomanes et gens souffrant de troubles mentaux? Ceux qui ne le devaient pas au départ : les forces de l’ordre et les propriétaires d’immeubles qui cherchent par tous les moyens – y compris les plus dangereux – à les chasser. Les chasser et les humilier! Est-ce comme ça que le Québec doit traiter ses citoyens les plus ‘poqués’, les plus vulnérables, les plus mal barrés? J’espère sincèrement que non, j’espère que ces rangées de pics qui ont été retirées ne reviendront pas de sitôt devant une autre vitrine, j’espère que c’est la solidarité humaine, l’entraide et les initiatives plus humaines qui prendront le relais dans ce contexte pas agréable de coupures et d’austérité.

Alors, que faire?

D’abord, je tiens à détruire un vieux mythe, extrêmement tenace, sur la droite économique. Il est tout à fait faux de prétendre que les gens de droite sont égoïstes, ne pensent qu’à l’argent et se fichent éperdument des gens dans le besoin. Au contraire, je suis la première à préconiser l’entraide et la charité, et à trouver dégradant et humiliant qu’on ait recours à des dispositifs physiques qui mettent la sécurité publique en danger dans le but d’éloigner les itinérants au lieu de contribuer à ce qu’on les prenne plus adéquatement en charge.

Dans un contexte de coupures budgétaires et d’austérité, alors que les services à la population ne cessent de se dégrader, au lieu de réclamer l’aide de l’État sans rien faire, sans pour autant demander qu’on intervienne directement, je préconise qu’on soutienne financièrement (à la hauteur de nos moyens, bien entendu !!), ou bénévolement si on s’y sent capable, les organismes qui viennent en aide aux itinérants, comme ceux-ci par exemple à Montréal:

Un seul petit don peut faire une différence. Ou sinon, écrire à son député, son conseiller municipal, ou même au maire pour réclamer des actions concrètes. Faire quelque chose et pas juste se lamenter, quoi!

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